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Un test : êtes-vous élitiste ? Un peu, beaucoup ?

« Vous êtes élitistes. » Quand il se situe dans le contexte de l’enseignement et de la formation, le reproche est ambigu. Il a quelque chose de flatteur parce qu’il s’applique à des écoles ou organismes reconnus pour la qualité de leur formation ; mais il prend plus souvent une connotation négative, parce qu’il induit que cette qualité entraîne une attention privilégiée aux meilleurs et l’exclusion de certains.

À quoi les écoles réputées élitistes doivent-elles cette étiquette ? À des facteurs divers, dont les plus prégnants sont sans doute d’ordre historique et conjoncturel. Parmi elles arrivent en bonne place les collèges et instituts jésuites, connus de longue date pour leur pédagogie inspirée de la méthode ignatienne.

En 2006, le Centre Interfaces[1] a réuni quelques acteurs des enseignements secondaire et universitaire. S’entendre régulièrement traiter d’« élitiste », alors que le fil conducteur des projets pédagogiques est de « former des hommes(et des femmes)-pour-les-autres » invite à la réflexion. Ce séminaire s’est donné pour objet de repérer des Leviers d’action pour réduire les effets négatifs de l’élitisme.

Plusieurs thèmes ont retenu l’attention : l’élitisme ressenti à la fois comme attirant et choquant, la comparaison en face de la compétition, l’usage du pouvoir, la reconnaissance de la marge. Chaque participant a été invité à communiquer son expérience personnelle en lien avec chacun de ces axes : quelles attitudes, quelles actions, quelles pratiques, quelles idées avez-vous côtoyées qui valent d’être signalées parce qu’elles concilient une recherche de qualité et un souci d’exclure le moins possible, parce qu’elles vont dans le sens d’une justice qui reconnaîtrait chacun à part égale ?

Cet échange d’une vingtaine d’heures a permis de recueillir quelques trois cents items : autant de « leviers » sur lesquels appuyer pour que la reconnaissance de tous soit davantage assurée.

Cela ne se résume pas. Il s’agit en quelque sorte d’une banque de données, qui pourrait être mise dans les mains de tout groupe intéressé par le fonctionnement de l’institution dans laquelle il se situe. Un donné brut. Supposons qu’une institution décide de poser à ses façons de faire habituelles la question de la justice et de la reconnaissance de tous. Supposons qu’elle veuille évoluer dans le sens de plus de justice. Seule une démarche participative de réflexion commune pourra produire des effets. Chaque groupe motivé est appelé à faire sa propre lecture de sa propre institution. Dans ce cas, la lecture réalisée par d’autres peut servir d’inspiration, mais pas du tout tenir lieu de directive bien pensée. Chaque groupe peut faire le tri entre les pratiques qui favorisent la reconnaissance et celles qui l’étouffent. L’institution décide-t-elle officiellement un changement ? Si le processus de prise de conscience s’est déroulé avec l’implication de tous, elle ne fait plus que prendre acte d’un changement déjà amorcé. Et la décision vient soutenir et inscrire ce changement dans la durée. La « banque de données » est disponible[2] pour tout utilisateur intéressé par la question et prêt à se lancer dans la réflexion.

La mixité sociale a-t-elle une chance de passer de l’état de slogan à celui de réalité ? Si oui, elle ne le devra pas aux décrets tâtonnants et maladroits sur les inscriptions. Elle se prépare là où on cherche les moyens d’éviter l’exclusion et de s’ouvrir à tous. L’école elle-même doit d’abord se dessiner un visage sympathique à toutes les catégories sociales ; alors l’ouverture des inscriptions aura une chance de contribuer à la mixité sociale.

C’est la conviction de ceux qui ont participé à ce séminaire. Ils perçoivent que ce mouvement d’ouverture bien nécessaire est déjà en train de s’opérer, qu’il n’attend que des adjuvants pour se préciser. La justice envers tous n’est-elle pas partie intégrante d’une formation de qualité ?


[1] Ce Centre est mandaté par la Compagnie de Jésus, par les Facultés universitaires de Namur et par la Coordination des collèges et instituts jésuites pour actualiser les traditions pédagogiques inspirées de saint Ignace.

[2] Sur le site du Centre Interfaces : http://www.fundp.ac.be/universite/asbl/interfaces/outils/

Publié dans Entrées libres (revue de l’Enseignement catholique en Communauté francophone et germanophone de Belgique), n° 35, janvier 2009, p. 16, avec de légères modifications.

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