Fins d’années et fêtes sabotées se multiplient pour l’enseignement. L’an dernier, à pareille époque, je formulais le souhait que le politique désapprenne le mépris. Inutile de faire remarquer que c’est tout le contraire qui se produit, que la situation a empiré et que les acteurs de terrain, tous autant qu’ils sont, ont de plus en plus de peine à supporter d’être traités comme des moins que rien par la tutelle politique.
L’école du terrain ne sait plus où donner de la tête pour faire entendre au cénacle des « responsables » la vérité de l’école. Voulez-vous une image parlante ? L’école doit porter plainte contre X, parce que X fait la synthèse de tout ce qu’il lui faut subir depuis quelque trente ans.
X du mépris
X, c’est d’abord le goût amer qui reste en bouche quand on prononce le nom « OnkelinX ». En 1995, cette ex-ministre, qui ressurgit dans l’actualité, a été fossoyeur de l’école tranquille où les profs se sentaient à l’aise, considérés, traités comme des adultes respectables. Elle a fondé, en politique, une école du mépris vis-à-vis des profs. Malgré de rares efforts pour échapper à la spirale négative, l’arrogance condescendante de la prénommée Laurette a fait école auprès de trop de ses successeur(e)s à la chaire politique. Plainte donc, en premier lieu, contre le X du mépris.
X de l’inconnu
X, c’est aussi l’inconnue de nos équations, symbole de ce qui reste mystérieux, sans précision ou sans identité. Ainsi, Monsieur X, victime pendant x temps du chien de son voisin, a dû s’adresser x fois à la justice de paix. Y a-t-il des inconnues dans le champ de l’école ? Elles foisonnent.
Un exemple récent ? La réforme du tronc commun. Pour faire simple, rappelons que le Pacte pour un Enseignement d’excellence a pour objet et pour objectif de donner à l’école un souffle nouveau. Il s’est construit, avec un souci de concertation inédit jusque-là, en se fondant sur le principe d’un tronc commun, d’un même parcours pour tous les enfants, de la maternelle à la troisième année du secondaire. Lancée en 2020, son instauration arrive en sixième primaire.
Au seuil du secondaire, ne voilà-t-il pas que les pouvoirs publics proclament une flexibilité qui met à mal le tronc commun. Quel cerveau de ministre ou de pédagogue patenté, quelle manœuvre de quelle coterie, quelle illumination soudaine de qui donc ont mijoté cette décision, non concertée et déconcertante ? C’est l’inconnu. La concertation et son projet, blackboulés par ce chamboulement, devront-ils s’en accommoder paisiblement ? Bien d’autres réformes et mesures laissent planer le même doute sur les auteurs et leurs motivations. Plainte donc, en deuxième lieu, contre le X de l’inconnu.
X de l’interdit
X, c’est encore le signe de l’interdiction. Comme la croix rouge de la plaque qui refuse aux véhicules même l’arrêt momentané, la croix qui barre une faute dans la dictée ou le X des films ainsi classés. Y aurait-il des interdits dans le champ de l’école ? Ils ne sont pas proclamés, mais mis en œuvre – pas toujours discrètement. Combien de fois une situation où les acteurs de terrain seraient les mieux placés pour intervenir leur est-elle subtilisée ? Comme si, au prétexte d’une pseudo-consultation, le politique leur jetait : « Interdit, les petits, de réfléchir, d’agir, de décider vous-mêmes ! »
Qu’elles soient inspirées par des cogitations budgétaires, idéologiques ou autres, les mesures infantilisantes, en dévalorisant les acteurs de terrain, dévalorisent ipso facto l’école. Plainte donc, en troisième lieu, contre le X des interdits.
Que va déclencher cette plainte sous-jacente dans nos écoles et dans les rues en cette année 2026 ? Bien des actions sont déjà programmées pour faire savoir que les politiques ne sont pas les seuls capables et en droit de penser. La politique de l’école est d’abord et doit devenir le fait de l’école elle-même. Peut-on rêver que les décideurs seront vraiment à l’écoute et se recycleront en pédagogie ? C’est le plus fort souhait à leur adresser.


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